Guy Foucat

Témoignages

Guy Foucat

C'est dans la vallée d'Ossau que se situe l'atelier de Guy Foucat. Site des Pyrénées françaises portant les traces, non seulement des plus anciens processus géologiques mais aussi des activités préhistoriques de l'homme. Les dolmens, les grottes et les cercles de pierres disposés par les hommes du mégalithique, révèlent l'étendue de l'activité humaine dans le temps, en relation avec une nature éternellement croissante et déclinante. Travailler au cœur même de ces processus permet à Guy Foucat d'en faire l'expérience directe dans leur durée et de les intégrer à sa vision du monde.

La particularité de ses sculptures réside dans le fait qu'il travaille avec une nature brute. À la base de ces œuvres se trouvent des objets trouvés créés par la nature. Le processus de création de ses sculptures consiste à retrancher le contingent, à éliminer les éléments inutiles. La forme n'est pas modelée par lui, mais créée « apophatiquement » de la plénitude naturelle vers une concrétisation pensée. C'est pourquoi Guy Foucat traite son matériau avec une extrême délicatesse. Il sait arrêter son ciseau au bon moment, laisser les choses telles qu'elles sont. Ce faisant il ré-ouvre la question de la technique du « no finito », mais il l'utilise à l'inverse en avançant plastiquement depuis ce qui est déjà créé par la plénitude de la nature vers ce qui disparaîtrait totalement si l'on continuait à scier, gratter et nettoyer. Au final, ses sculptures représentent une combinaison singulière entre l'objet naturel tel qu'il est et l'orchestration artistique qu'il y apporte. Cela constitue une interprétation de la nature dans la tonalité de la sculpture européenne contemporaine.

Ses œuvres sont éloignées des objets de design. Elles ne s'adaptent pas à l'espace existant, elles le construisent, y dominent, en créant leur propre monde. Elles sont conçues pour être contournées par le spectateur, elles invitent à une longue et paisible contemplation. Au spectateur de distinguer où est passé le ciseau du sculpteur et où demeure l'œuvre de la nature, frontière parfois difficile à tracer. Le spectateur comprend alors que le sculpteur a cherché à apprendre le langage de la nature au point de s'y dissoudre, d'en devenir une partie : « CRÉATURE DE LANGAGE, ÉCRIVAIN ». Ce dialogue n'a ni commencement ni fin, il est enraciné dans le lien originel de l'homme dans la nature.

En disposant des pierres en cercles, l'ancien habitant de la vallée d'Ossau cherchait déjà à comprendre l'alternance des saisons et le cours du temps. Lui aussi scrutait le corps du bois et de la pierre, tentant de pénétrer l'essence des choses et la structure du monde.

Guy Foucat utilise aujourd'hui cette même optique préhistorique capable de transformer le temps en sens et de condenser dans l'image ce qui ne peut être exprimé par les mots.

Dimitri Ozerkov

Historien de l'art, directeur du département d'art contemporain au musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg.

Être Indien

Élaborer une œuvre exige une « économie » au sens large du terme.

Temps, espace, force physique, matériaux, médium etc.

Foucat sculpteur se confronte aux contraintes telluriques.

Foucat musicien flûtiste redevient nomade.

Foucat sculpteur est indien coureur des bois.

Il lit le territoire, les marques géographiques, le sol, les torrents, le ciel, les étoiles, la pierre, les arbres.

Écrire une œuvre nécessite du temps long. L'inscrire en altitude, la faire advenir dans la montagne est aussi affaire de temps long. L'homme qui marche dans la pente « l'art penteur », Foucat a patiemment réuni ses forces vitales afin d'écrire un travail qui se nourrit de ce lieu.

Près de torrents, à proximité de carrières en terrain élevé pour accueillir une pensée escarpée et ce que sa main doit exprimer de toute urgence ; ce qui le hante !

Le coureur des bois a maintes fois réinstallé son atelier défait par les coups de vent, les coups de froid. Il l'a patiemment rebâti pour se coltiner désormais à des œuvres plus grandes que lui, sorties du ventre d'arbres que les tempêtes abattent dans la pente.

Il fait œuvre de ces moments de crise, de ces « désastres » de la nature.

La forme est pensée, Foucat inscrit ces signes dans la montagne, cairns de sa topographie intérieure, de sa poétique intérieure.

À l'écoute d'Élysée Reclus, héritier de Walden, il fonde toute sa création et son éthique sur le rythme que lui imposent les éléments dans lesquels il vit. Foucat est un cœur de lion.